Quentin, 20 ans, en rémission de cancer!

Quentin, 20 ans, en rémission de cancer, a eu envie (et sans doute besoin) d'en parler

 

Par la rédaction pour La Voix Du Nord, Publié le 20/11/2012

 

Par La Voix Du Nord

 

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« J'avais envie d'en parler aux gens, plutôt qu'à un psy. » À 16 ans, Quentin Tranchant a appris qu'il avait un cancer des ganglions, la maladie de Hodgkin. Et à 20 ans, en rémission, cet ancien élève du lycée Darchicourt d'Hénin-Beaumont a décidé de faire le tour des établissements de la région avec une compagnie de théâtre pour parler du cancer en général et du sien en particulier. Et la semaine dernière, il était de retour dans son bahut pour témoigner.

 

 

Description :  Quentin et les comédiens de la La belle histoire, sillonnent les lycées de la région pour parler cancer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quentin et les comédiens de la La belle histoire, sillonnent les lycées de la région pour parler cancer.

 

Mickaël a 15 ans, des tas de potes, une jolie petite amie et des rêves pleins la tête. Mais Mickaël a aussi un cancer et voit son monde changer autour de lui, du pire au meilleur. Ça, c'est la trame du spectacle que proposait la compagnie La Belle Histoire, intitulé « Moi, mes potes, my life, mon cancer ». Une pièce de théâtre aussi drôle qu'émouvante, qui a su parler aux lycéens de Darchicourt.

 

Peut-être parce qu'ils se sont reconnus en Mika, Fifi, Lolo, Justine, Béné... Une galerie de personnages à leur image, interprétés par trois comédiens, qui se confrontent au cancer de leur copain, chacun à leur manière. Parfois fidèles à eux-mêmes, parfois déstabilisés, parfois méchants, parfois trop gentils... « Tout ce qu'on voit dans la pièce, je l'ai vécu, lance alors Quentin Tranchant. Vous m'avez peut-être croisé dans les couloirs, ou entendu parler de moi, j'ai été dans ce lycée pendant quatre ans. » Si le jeune homme de 20 ans prend la parole, c'est pour témoigner. « C'est ici que j'ai appris que j'avais un cancer, c'est ici que j'ai vécu le traitement, et que j'ai commencé ma rémission.» Stimulés par la pièce, les élèves ont des tas de questions à poser à Quentin.

 

« Comment tu as découvert ton cancer ? » :

 

« J'avais le cou gonflé, des suées la nuit, beaucoup de fatigue, un amaigrissement... J'ai fait une prise de sang et voilà : cancer des ganglions. »

 

« Comment ont réagi tes amis ? » :

 

« Y'a des gens qui changent en bien, d'autres qui vont rester les mêmes et y'en a qui ont du mal. C'est parce qu'on change d'apparence, on perd nos cheveux... mais au fond, je suis resté le même. En tout cas, y'a pas de quoi avoir peur : le cancer, ça ne se transmet pas, ce n’est pas comme la grippe ou la gastro. »

 

« Et avec tes parents ? » :

 

« Avec ma mère, parfois, c'était compliqué. Car ma mère, elle souffrait, et moi je souffrais aussi mais faut pas lui montrer, faut être fort et apprendre à gérer ses émotions. Je sais que ce cancer, c'est le combat de toute une vie. »

 

« T'as eu des moments de solitude ? » :

 

« Oui, des fois, on craque, on se dit "pourquoi moi ?". Alors faut que ça passe, faut se remettre dans la réalité. La question "pourquoi moi ?", je me la pose encore mais beaucoup moins. J'ai eu ça, ça fait partie de moi, faut que j'avance avec ça, faut que j'en fasse une force. Les gens qui s'apitoient sur ton sort, ça n'a jamais aidé personne. »

 

« Et avec les soignants, comment ça se passait ? » :

 

« Moi j'ai eu deux ans de traitements, j'ai passé sept mois dans une chambre d'hôpital, alors des soignants, j'en ai croisé, et ce qui est bien c'est qu'ils savent mettre un peu d'humour. Pourtant, c'est difficile pour eux aussi d'être avec des malades au quotidien mais ils ramènent toujours de la bonne humeur, ça aide. »

 

« Et pour les cours, t'as fait comment ? » :

 

« J'ai dû arrêter en première. Je venais en cours quand j'avais envie, quand je pouvais, mais dès que je me sentais fatigué j'allais me reposer à l'infirmerie. J'ai perdu deux ans. Mais aujourd'hui je suis en école de commerce à Lille. » Le besoin de parler de Quentin est évident. Comme le fait remarquer l'animatrice du débat, membre de la compagnie La belle histoire « Il faut parler, donner du sens à cela. Le malade doit se faire aider, mais les autres aussi. Ses amis, ses proches, doivent pouvoir vider leur sac. Le cancer, c'est une période de montagnes russes, des jours ça va, d'autres non, c'est important d'être accompagné. » Mais Quentin est là pour incarner l'espoir et la vie qui continue. « On parle plus des gens qui décèdent mais il y a plein de gens qui guérissent. Je suis là, la preuve. En plus le cancer on le prend de mieux en mieux en charge. À Lille, y'a tout ce qui se fait de mieux. L'important, c'est d'avoir toujours le moral, lever la tête, même à mon pire ennemi je ne souhaite pas le cancer. C'est sûr, y'a des jours, je me suis dit que je ne m'en sortirai pas. Faut de la fierté pour rebondir. Mais qu'est ce qu'il y a de plus beau qu'une victoire contre le cancer ? » Après la maladie d'Hodgkin niveau 4, des métastases pulmonaires et deux autogreffes de cellules souches, Quentin dit que « tout va bien ».

Sa période de rémission va durer encore quatre ans. « Le cancer peut-il revenir ? » « Peut-être. Je ne me considère plus comme malade, mais c'est vrai que je pense toujours au pire », conclut Quentin.

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PAR ANNE-CLAIRE GUILAIN


Le cancer, tous concernés !

 

Pourquoi le conseil régional propose cette pièce de théâtre suivie d'un débat ? Pourquoi Quentin a décidé de témoigner ? Parce que tous, nous serons un jour confrontés au cancer, le sien ou celui d'un être cher. « On a chacun une histoire, une expérience avec le cancer. Y'en a qui sont touchés, y'en a pour qui ça reste conceptuel. Mais sachez que vous serez concerné par le cancer, un jour dans votre existence, explique l'animatrice du débat, membre de La Belle Histoire. Sachez aussi qu'il n'y a pas de comportement idéal face à ça, mais peut-être que l'on peut trouver des mots plus adaptés à d'autres. » Si Quentin Tranchant est là, c'est aussi pour parler des progrès énormes faits par la médecine en matière de cancer. « Ils vont même ouvrir à Lille un plateau dédié aux 16-25 ans. Pour être ni en pédiatrie, ni en service adultes. C'est beaucoup moins difficile à vivre dans la tête. » Mais si l'étudiant est là, c'est aussi un peu pour lui : « C'est ma façon d'évacuer. Après ces années passées à l'hôpital, j'avais envie d'en parler aux gens, plutôt qu'à un psy. »

 

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