« On plonge dans la vie de ces gens qui pourraient être notre père, notre mère ou notre frère »

Anne-Charlotte Pannier | 18/11/2018 La Voix du Nord

L’espace culturel Nelson-Mandela propose le 24 novembre une pièce de théâtre originale. « Un fusil à la main » commémore à sa manière le centenaire de la Grande Guerre. On a rencontré l’auteur de cette pièce, Stéphane Van de Rosieren, qui est aussi le fondateur des Clowns de l’espoir.

 

– Cette pièce, elle raconte quoi ?

« L’histoire commence aujourd’hui. Tout part d’une découverte dans un grenier familial. Un journal écrit pendant la Première Guerre mondiale. Le spectateur découvre alors deux histoires, celle d’un jeune Allemand et celle d’un jeune Français que rien ne prédestine à se rencontrer mais qui vont devenir soldats. Deux jeunes et leurs familles confrontés à un conflit mondial qui les dépasse complètement. »

 

« On parle souvent de la grande histoire mais la Première Guerre mondiale, ce sont des millions de vies. »

 

– Vous avez voulu commémorer à votre manière le centenaire de la Grande Guerre ?

« C’est exactement les mots. J’ai commencé à écrire ce spectacle en 2012. Avant les attentats, mais l’actualité nous a rattrapés. Des jeunes ont été emmenés dans des conflits et des causes qui ne sont pas forcément les leurs. On parle souvent de la grande histoire mais la Première Guerre mondiale, ce sont des millions de vies. Avec cette pièce, j’ai voulu se faire rencontrer la grande et la petite histoire. J’ai voulu sortir du clivage franco-allemand. On plonge dans la vie de ces gens qui pourraient être notre père, notre mère ou notre frère. »

 

 

– « Un fusil à la main », c’est pour toute la famille ?

« Il y a plusieurs degrés de lecture et chacun peut prendre ce qu’il veut. Les historiens aussi parce que nous suivons la chronologie et que l’écriture a été préparée par un gros travail de documentation et de recherches en amont. Je voulais être juste et irréprochable. La pièce tourne depuis quatre-cinq ans auprès de scolaires mais aussi du grand public. Je pense que l’on peut venir avec des enfants à partir de 8 ans. »

 

 

– C’est un succès ?

« Nous avons fait partie d’une sélection dans le journal de TF1 pour les initiatives liées aux commémorations du centenaire. Nous avons aussi eu la chance de jouer au Colysée de Roubaix. Ça a été le déclencheur. Aujourd’hui nous avons joué la pièce une centaine de fois. Et j’ai aussi reçu les Palmes académiques en partie pour cette pièce. »

 

« Des gens de nos familles sont morts, pour qui, pour quoi ? »

 

– Vous n’avez pourtant pas le label du centenaire 14-18.

« Effectivement. Nous l’avons demandé mais notre projet était déjà trop avancé pour être retenu. »

 

 

– Quel message espérez-vous transmettre ?

« Cinq comédiens sont sur scène, et c’est une même comédienne qui incarne tous les rôles féminins. Une manière pour moi de montrer le rôle prédominant des femmes. Cette pièce est un support pour raconter le aujourd’hui et nos rapports à l’armement et à la guerre. Des gens de nos familles sont morts, pour qui, pour quoi ? C’est cette dimension humaine que je voulais porter. Et les retours sont bons. Les gens sont touchés par l’humanité des personnages. Libre à chacun ensuite de réfléchir, d’avancer. »

 

 

« Un fusil à la main » par la Compagnie La belle histoire, samedi 24 novembre, à 20 h 30 à l’espace Mandela, route Nationale, la Chapelle-d’Armentières. Réservations au 03 20 46 65 31 ou espace-mandela-lca.com

 

 

La belle histoire c’est quoi ?

La Compagnie La belle histoire existe depuis vingt ans. C’est une compagnie de comédiens professionnels de la métropole lilloise. En plus de la pièce Un fusil à la main, elle propose aussi des comédies comme Le Gendarme de Saint-Omer, qui tourne très bien en ce moment, mais aussi Épinards et porte-jarretelles 1 et 2, qui avaient fait salle comble à l’espace Mandela (la troisième est d’ailleurs en cours d’écriture) ou encore les Papys flingueurs.

 

Des expressions qui font réfléchir

Dans Un fusil à la main, l’auteur a réalisé «  un gros travail d’écriture  ». Tout au long de la pièce, le spectateur redécouvrira par exemple différemment des expressions de tous les jours. Dans une pièce sur la guerre 14-18, des phrases comme «  je vais tuer le temps  », «  je meurs de faim  » ou encore «  ce gourbi  » prennent une autre dimension.

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