Article inégalité homme femme

Par Anne-Claire Guilain | Publié le 09/12/2017 La Voix du Nord

«Je pensais que l’on était à la disposition de notre époux… par amour»

 

Ce vendredi, à l’invitation de la MIPPS, il était question des inégalités entre les hommes et les femmes à la salle Hurtrel. Et il y avait de quoi dire… Des échanges d’expériences édifiants et souvent ordinaires, qui font un tantinet froid dans le dos.

Rien de tel qu’une pièce de théâtre pour montrer et démontrer… Surtout quand celle-ci est inspirée de la vraie vie. C’est ce qui était à voir, ce vendredi, à la salle Hurtrel. Une comédienne de la compagnie La Belle histoire était venue discuter avec des Bruaysiennes, habitantes de quartiers en Politique de la ville. Et elles ont parlé. Il faut dire que l’affaire Weinstein a permis ça : libérer la parole. Alors, elles ont raconté, ce qu’elles ont vécu, ce qu’elles vivent, ce qu’elles voient et entendent.

 

Résultat : une succession de saynètes sur trois générations de couples. Ils parlent jouets (sexistes) d’enfants, clips, films, recherche d’emploi, relation avec le médecin, grossesse, sexe, violences… Ça fait sourire et ça met mal à l’aise. «  C’est bien fait parce que ce sont des scènes qui se déroulent assez souvent, surtout chez nous  », entame une spectatrice.

« Dans mon esprit, on est à la disposition de notre époux. Par amour. On doit lui faire plaisir. On a été éduquée comme ça. J’ai évolué depuis. »

 

Ça y est, le débat est lancé. Ce qui a marqué ? «  Moi, c’est par rapport aux relations sexuelles. La femme ne veut pas trop mais le mari insiste. Et à partir du moment où la femme ne dit pas non, ça passe inaperçu. C’est banalisé. Jamais on pense au viol conjugal  », lance une jeune femme. «  Et pourtant, ça existe en France depuis 1990. On pense trop au devoir conjugal, qui lui n’existe pas  », lui explique une intervenante. «  Quand je me suis mariée, reprend une autre, j’ai lu dans le livret que le maire m’a donné que la procréation était au bon vouloir de la femme. J’ai été très choquée à l’époque parce que dans mon esprit, on est à la disposition de notre époux. Par amour. On doit lui faire plaisir. On a été éduquée comme ça. J’ai évolué depuis.  »

« C’est pas du sexe, c’est du porno »

Certaines choses n’ont pas évolué, elles ont même régressé. Prenez certains jeux vidéos : «  sur GTA, quand on gagne on peut se payer une pute. Et à la fin, on peut la tuer.  » Et les premières relations sexuelles ? «  Les jeunes reproduisent ce qu’ils ont vu dans des films. C’est violent parce que c’est pas du sexe, c’est du porno. Et souvent, ils se filment ou se prennent en photo avec leur portable. Et là, ça devient l’enfer au collège… surtout pour les filles  », raconte un éducateur.

La solitude face à la grossesse, les clichés professionnels (une femme sans diplôme orientée vers… la coiffure), l’impunité des maris violents… ont aussi été abordés. Parce que l’essentiel est là : il faut en parler.

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